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PETITS SUPPLEMENTS D'AILLEURS | Images | Textes

     

Préface

Au début il y avait Ouranos, le Ciel et Gaïa, la Terre.
Entre deux, le photographe, qui avait jeté un défi à Chronos, le Temps, et qui prétendait l’abolir: un instantané, disait-il. Pour garder le souvenir.
La Terre ventée, séchée, craquelée, torturée, blessée. La Terre immobile, la terre de toujours. Eternité, fière de son infinitude. La Terre incertaine, aux chemins perdus, aux itinéraires hasardeux.
La Terre accablée par le Ciel d’où lui viennent la menace et la vie, l’ombre et la lumière, le noir et le blanc.
Le Ciel triste et nostalgique, seul témoin de l’errance du voyageur. Le Ciel lourd qui rappelle que même l’horizon a une fin.
Un ciel si bas, qu’il faut lui pardonner.
Mais peut-on pardonner au Ciel d’être si menaçant et à la Terre d’être si inhospitalière?
Le voyageur cherche la lumière. Il veut comprendre, voir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir. Il enfile les images les unes après les autres. La réalité se dérobe. La Terre ne se dévêt pas devant le premier venu. Elle ne livre son secret que goutte après goutte. Au terme d’un long dialogue.
Mille photos ne diraient qu’une poussière de son mystère. La Terre reste là, intacte, inaccessible, irréductible, désertique.
Il y a quelques hommes: ils semblent attendre.
Il y a quelques bateaux: ils sont échoués.
Il y a quelques géants: ils sont pétrifiés.
Il y a ici ou là, perdu, un phare, pour suggérer que là-bas se trouve un ailleurs. Un chemin peut-être. Ou simplement une brève escale pour le photographe entre deux voyages.
Et repartir, toujours et encore. S’arrêter serait mourir. Où aller? Dans quel sens? Pour quel sens? Il n’y a pas de réponse. Que des traces derrière soi.
Car en dépit du temps figé sur la pellicule, Chronos, qui ride la Terre, n’épargne pas le photographe.
Au début il y avait la Terre et le Ciel. Le photographe voudrait bien expliquer. Le mystère demeure. Il ne peut que dire son émotion.
L’émotion, c’est le début du sens.

Claude-Eric Hippenmeyer
Mars 2000

 

 
 

Préface
Claude-Eric Hippenmeyer

 

© Francis Besson 2007